LE SAS VA-T-IL SURVIVRE ?

publié mercredi 20 octobre 2021

Le SAS (Service d'Accès aux Soins) annoncé par Agnès BUZYN en 2019, partie importante du Pacte de Refondation des Urgences part d'un bon sentiment: Offrir un accès aux soins non programmés 24/7 à tous sur le territoire français.

Le patient a besoin d'un soin non programmé (qu'il ressent comme ne pouvant pas attendre 3 jours), son médecin traitant n'est pas disponible, il appelle le SAS et on lui trouve un RDV avec un autre médecin : MAGIQUE !

Avec un tel système les urgences ne vont plus déborder, les patients vont vite comprendre leur intérêt à appeler au lieu d'aller attendre des heures aux urgences. Enfin encore faut-il qu'il sache quel numéro appeler, mais ça c'est une autre histoire !

Le seul problème dans ce système magique, c'est que personne n'a fait de magie pour trouver des généralistes qui libèrent du temps pourrecevoir ces patients SAS.

Le problème du SAS est bien là : le manque de médecins effecteurs.

Pourquoi des médecins généralistes, déjà au bord de la saturation, iraient bloquer 2h de RDV par semaine pour recevoir « les patients des autres » alors qu'ils ont déjà du mal à recevoir leurs propres patients en urgence !?

Ceux qui acceptent doivent certainement être très très bien rémunérés pour ce service rendu me direz-vous ! Et bien non, l'avenant 9 prévoit un forfait de 1.400 €/an si le médecin s'engage à recevoir au moins 8 patients parsemaine avec une petite majoration par pallier au-delà. Pour ceux qui n'ont pas envie de calculer, cela fait 3,36 € de plus par patient SAS.

Soyons clairs, ce n'est pas l'argent qui va les motiver. C'est peut-être ce qui explique le démarrage très timide des territoires pilotes du SAS, voire l'absence de démarrage dans certains départements.

Alors le SAS est-il voué à l'échec comme certains le disent ? Je ne pense pas, mais je suis de nature optimiste. Les généralistes ont une conscience professionnelle et se démènent pour leurs patients, ils ont envie de faire changer ce système à bout de souffle mais il faut juste leur donner de meilleurs arguments que le bien collectif ou le sauvetage des services d'urgences.

De quoi ont besoin ces médecins ? Du temps ! Alors faisons leur gagner du temps dans leur pratique. Donnons-leur la possibilité d'optimiser le système.

Concrètement si vous proposez à un généraliste de mettre 1 ou 2 créneaux par jour pour les patients SAS mais qu'en échange il a un accès direct à l'agenda des spécialistes pour prendre en charge son patient en urgence sans passer 30 minutes au téléphone (30 min = 2 créneaux d'urgence en moyenne) ou qu'il peut demander une entrée directe en hospitalisation pour son patient qui fait une pneumopathie ou même, soyons fous, qu'ilait un numéro direct avec le SAMU pour ne pas faire le 15 et attendre 10 min qu'on lui réponde quand il est en train de masser son patient en arrêt, là il va être plus motivé pour « sauver les urgences » et participer au SAS.

La seule issue pour notre système de santé est d'optimiser les organisations, les parcours de soins, en créant un vrai lien entre l'hôpital et la ville, et pour réaliser cela, chacun doit faire un effort.

Je vous l'ai dit, je suis optimiste, mais il me semble que les hôpitaux ont bien compris qu'ils ne pouvaient plus rester tournés uniquement sur eux-mêmes.

AlorsMesdames et Messieurs les DG des hôpitaux, proposez de vraies coordinations territoriales de santé et les généralistes suivront.

Donc si vous souhaitez vous aussi faire bouger les lignes, contactez-nous, nous aurons l'immense plaisir de vous répondre et de vous accompagner.

Dr Céline JARDY TRIOLA
Présidente, Focus Santé